Tribune publiée dans Libération le 31 décembre 2019

Tribune. Ces dernières semaines l’ont montré : la réforme des retraites doit être clarifiée, tant dans son contenu que sur son objectif. Nous appelons au retour à l’esprit initial du projet de réforme, tel que promu par Emmanuel Macron lors de son élection : une réforme systémique d’équité, de progrès sociétal, de justice sociale et de solidarité, qui supprimerait les régimes spéciaux pour mieux prendre en compte les particularités de chaque parcours individuel.

Le caractère universel du régime de retraite doit pouvoir garantir une retraite digne pour tous, notamment grâce à son mécanisme de solidarité, mais il doit aussi s’adapter aux chemins de vie de chacun.

Parce que nous ne commençons pas tous à travailler au même âge, parce que la pénibilité n’est pas la même pour tous selon les métiers, parce que nous ne subissons pas tous les mêmes aléas de santé, de famille ou de carrières, parce que certains d’entre nous sont exposés à une lourde précarité, parce que l’espérance de vie en bonne santé peut avoir jusqu’à une décennie d’écart selon les métiers, parce que les difficultés d’emploi en fin de carrière ne sont pas les mêmes pour tous, parce que les inégalités persistent entre les hommes et les femmes, l’âge de référence de départ à la retraite ne peut être le même pour tous. L’âge pivot serait injuste socialement.

Les dérogations envisagées par la réforme pour les carrières longues et certains secteurs sont justifiées, mais c’est l’ensemble des situations particulières qui doivent être considérées dans la définition de l’âge de départ à la retraite. Ce dernier devrait être modulable en fonction des parcours de chacun sous la forme d’un âge d’équilibre individualisé, à partir duquel le niveau de pension de chaque retraité serait garanti.

Les syndicats réformistes ainsi que certaines organisations patronales se sont exprimés en ce sens, il est donc possible de trouver un consensus sur cette alternative à l’âge pivot.

Cette réforme de progrès social doit également nous inviter à repenser notre relation au travail, son sens et sa qualité, plutôt que d’opposer les travailleurs entre eux. Elle doit aussi permettre d’accélérer l’émancipation socio-professionnelle des femmes, qui subissent toujours des inégalités intolérables de salaire, de carrière et de charge parentale. Elle doit nous questionner sur la place de la formation professionnelle, de la réorientation ou encore de l’adaptation du temps de travail, notamment en fin de carrière, lorsque les plus âgés sont disposés à former les plus jeunes tout en réduisant leur activité.

Ce n’est qu’avec les partenaires sociaux que nous pourrons dessiner cette réforme historique, trouver collectivement des solutions adéquates en phase avec notre époque. Nous devons réinstaurer un climat de dialogue social apaisé dont le régime universel lui-même dépendra.

L’équilibre financier du système n’étant pas une priorité immédiate, sa tenue ne doit pas perturber la mise en œuvre de la réforme. Son pilotage devra d’ailleurs être confié à l’intelligence de la démocratie et du dialogue par l’intermédiaire des partenaires sociaux en lien avec le Parlement. Le modèle de gouvernance prévu par la réforme devra ainsi leur donner toute la latitude nécessaire pour que le caractère juste et durable du système soit préservé, même en cas de conjoncture défavorable.

Des solutions alternatives à l’âge pivot existent, faisons vivre le dialogue afin de parvenir à un consensus viable pour tous et ainsi mener à bien cette réforme importante.

Signataires :Stella Dupont, députée du Maine-et-Loire, Stéphane Claireaux, député de Saint-Pierre et Miquelon, Pascale Fontenel-Personne, députée de la Sarthe, Delphine Bagarry, députée des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-François Cesarini, député du Vaucluse, Jean François Mbaye, député du Val-de-Marne, Claire Pitollat, députée des Bouches-du-Rhône, Jennifer De Temmerman, députée du Nord, Pierre-Alain Raphan, député de l’Essonne, Marjolaine Meynier-Millefert, députée de l’Isère, Nathalie Sarles, députée de la Loire, Albane Gaillot, députée du Val-de-Marne, Martine Wonner, députée du Bas-Rhin, Hubert Julien-Laferrière, député du Rhône, Monica Michel, député des Bouches-du-Rhône, Mireille Clapot, députée de la Drôme, Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire.

Marine Brian

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Marine Brian

Actuellement en Master II à l’Institut Supérieur de Communication et de Publicité de Paris et après des expériences professionnelles au Quai d’Orsay puis au Sénat, Marine a rejoint l’équipe de la députée de septembre 2019.
Elle est en charge de la communication et les relations publiques à l’Assemblée Nationale.